CNEWS : des excuses pour Aya Nakamura… ou pour l’Arcom ?
Une séquence, quelques mots, puis un malaise. Sur CNEWS, Richard Millet attaque Aya Nakamura. Les propos sont racistes, misogynes et grossophobes. Pascal Praud finit par exiger des excuses. Mais à qui étaient-elles vraiment destinées ?
Une attaque frontale en plein direct
L’émission n’a pas encore atteint les dix minutes. Le plateau commente la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques. Très vite, Richard Millet dérape. Il lance : « Je préfère La Traviata à cette chanteuse énorme malienne ». La formule choque immédiatement. Sarah Saldmann tente d’intervenir. Elle rappelle que l’on ne peut pas parler ainsi. Pourtant, le chroniqueur persiste. Il évoque une “provocation” en parlant de la prestation d’Aya Nakamura. Le malaise s’installe. Pascal Praud, lui, temporise. Il dit devoir “modérer”. Il précise que qualifier physiquement n’est “pas bien”. L’antenne continue.
Encore un vieux réac qui crache sur la jeunesse et la diversité. Aya Nakamura a plus fait pour la langue française à l'international que tous les discours de Millet réunis.
Sexisme + racisme + grossophobie en une phrase.
Et on appelle ça un "débat d'idées" sur CNews ?…— Omega_King 🇲🇱 (@AsbyKing) February 23, 2026
Sans Aya nakamura la cérémonie des JO n’aurait pas autant marquée les esprits et sans elle la France n’aurait pas atteint son pic d’audience de l’histoire de la TV.
C’est pour ça que ça vous fait mal. https://t.co/xnn1ExQEadpic.twitter.com/Oj0Uw2hzgC
— Yan_AYA (@fanAya_yan) February 23, 2026
Des propos racistes laissés à l’antenne
Pendant près de quarante minutes, personne ne revient réellement sur la gravité des mots prononcés. Aucun recadrage clair n’est proposé. L’attaque vise une artiste française d’origine malienne. Elle repose sur l’apparence et l’origine. Le racisme est explicite. La misogynie l’accompagne. La grossophobie complète le tableau. Pourtant, le débat se déplace rapidement vers les goûts culturels et le “wokisme”. Ce glissement évite le fond. Il transforme une insulte en divergence esthétique.
Brandir La traviata pour insulter "cette énorme chanteuse malienne", c’est n’avoir rien compris à cet opéra
Verdi y défend une femme méprisée par la "bonne société"
Millet l’utilises pour insulter Aya Nakamura
L’ironie est totale
L’inculture aussi pic.twitter.com/oRos2Y7I3a— Alfred Lanning (@alfred_lanning1) February 23, 2026
Tiens, tiens ! Maintenant qu’ils ne touchent plus l'argent de Bolloré via TPMP sur C8, Hanouna et ses larbins sont choqués des propos du raciste Richard Millet, qui attaque Aya Nakamura ce matin sur CNews.
Attention ! Vous allez fâcher vos fans fachos qui vous ont suivi sur W9😏 pic.twitter.com/XBoyDKHSYi
— Kunta van den Kinté (@denkinte_2) February 23, 2026
Des excuses exigées… mais pour qui ?
Plus tard dans l’émission, Pascal Praud demande à Richard Millet de s’excuser. Le ton change. Le présentateur insiste. Il répète que la chaîne est “mise en difficulté”. Il souligne qu’il est responsable de l’antenne. Finalement, l’écrivain prononce un “je m’excuse”. L’aveu reste bref. Il est accompagné d’une justification. Richard Millet explique qu’il “appelle un chat un chat”. Les mots semblent arrachés plus que sincères. Surtout, Aya Nakamura n’est jamais nommée dans cette séquence d’excuses.
J’ai une question : est-ce que @PascalPraud demande à Richard Millet de s’excuser parce que celui-ci a dit une parole inappropriée sur Aya Nakamura ou bien il lui demande de s’excuser parce qu’il ne veut pas être ennuyé par l’ARCOM sur @CNEWS ?
— Jean Louis Gerdes (@Levercors) February 23, 2026
Le mec a réussi à faire culture légitime, grossophobie, mépris de classe et racisme en une seule phrase.
La quintessence du mec pas drôle mais qui croit se jeter des fleurs en disant un truc pareil.
— Prince en mieux 🔻 (@Prince_en_mieux) February 23, 2026
L’ombre de l’Arcom et la régulation audiovisuelle
Ce contexte éclaire la scène. CNEWS accumule les sanctions financières. En février, la chaîne a écopé de 100 000 euros d’amende pour des propos discriminatoires. Depuis 2019, le montant total dépasse les 630 000 euros selon Mediapart. La régulation audiovisuelle pèse lourd. Pascal Praud le sait. Lorsqu’il répète que la chaîne est “mise en difficulté”, il ne parle pas seulement d’image. Il évoque une responsabilité juridique. Dès lors, les excuses prennent un autre sens. Elles semblent adressées à l’Arcom autant qu’à la chanteuse.
« Maître Gims c’est autre chose »
Oui, c’est un homme. Une femme noire sera toujours plus détestée qu’un homme noir. Le principe même de la misogynoire— ✞aily🐜 (@tailydv) February 23, 2026
Une maîtrise de l’antenne à géométrie variable
La séquence interroge aussi la gestion du direct. Pascal Praud affirme devoir être vigilant. Il demande aux futurs invités de faire attention. Pourtant, la régulation intervient tardivement. Les propos ont déjà circulé. Ils ont déjà été entendus. L’argument de la spontanéité ne suffit pas. Une chaîne d’information continue repose sur un cadre. Ce cadre implique des limites. Ici, la réaction paraît contrainte. Elle semble dictée par la crainte d’une sanction plutôt que par un principe.
Au-delà d’un dérapage
Richard Millet n’en est pas à sa première polémique. D’autres propos controversés ont marqué son parcours. Sur le même plateau, il avait déjà tenu des déclarations homophobes. Par ailleurs, la participation d’Aya Nakamura aux JO avait déclenché une vague de commentaires racistes avant même sa prestation. Dix militants identitaires ont été condamnés en septembre pour injure publique aggravée. La séquence de CNEWS s’inscrit dans ce contexte. Elle prolonge un climat où certaines paroles trouvent un espace.
Excuses stratégiques ou réelle prise de conscience ?
Les mots prononcés contre Aya Nakamura restent clairs. Les excuses, elles, paraissent floues. La régulation audiovisuelle agit comme un rappel à l’ordre. Sans elle, la réaction aurait-elle été la même ? La question demeure. Ce qui est certain, c’est que l’antenne amplifie. Elle diffuse. Elle normalise parfois. Dans ce cas précis, l’intervention tardive soulève un doute. Était-ce un geste éthique ou un réflexe de protection ?

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