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Fête des mères : aimée par les n*zis et autres choses à savoir

Par Parlons Large 12/05/2026

La fête des mères semble évidente. Pourtant, son histoire est loin d’être simple. Au départ, une fille veut honorer sa mère. Ensuite, des États s’en emparent. Puis les fleuristes et les commerçants en font une manne. En France, en Belgique, au Luxembourg, en Suisse et en Allemagne, la date change parce que l’histoire change aussi. Pour comprendre ce que l’on célèbre aujourd’hui, il faut reprendre les étapes dans l’ordre.

 

1907-1914 : le point de départ

 

La fête des mères moderne naît aux États-Unis. Anna Jarvis lance cette démarche pour rendre hommage à sa mère, Ann Reeves Jarvis. Cette dernière militait dans des groupes de femmes liés à la santé publique et à l’entraide locale. En 1908, Anna Jarvis organise une première célébration à Grafton, en Virginie-Occidentale. Puis, en 1914, le président Woodrow Wilson inscrit la fête des mères dans le calendrier national. Il choisit le deuxième dimanche de mai.

Au départ, Anna Jarvis vise une journée intime. Elle veut un hommage personnel et sobre. D’ailleurs, elle insiste sur le singulier : Mother’s Day. Elle pense d’abord au lien entre un enfant et sa mère. Elle ne veut pas célébrer une idée abstraite de la maternité.

 

 

 

Les années 1910-1920 : l’idée voyage

 

L’Europe reprend ensuite cette idée. En Suisse, la fête apparaît dès 1917. En Allemagne, elle s’installe en 1923. Les fleuristes aident beaucoup à sa diffusion. Dans la plupart des régions de Belgique, le deuxième dimanche de mai s’impose aussi.

La France suit un autre chemin. Avant 1950, des formes locales existent déjà. En 1906, une célébration a lieu à Artas. Après la Première Guerre mondiale, l’État pousse davantage cette idée. Il veut relancer la natalité après les pertes humaines. Ainsi, la fête prend surtout la forme d’un hommage aux mères de familles nombreuses. En France, la fête des mères naît donc aussi dans un cadre nataliste. Des travaux d’historiens le rappellent.

 

 

 

1913 en Belgique : le cas d’Anvers

 

La Belgique connaît un cas particulier. À Anvers, la fête des mères tombe le 15 août, et non le deuxième dimanche de mai. Cette tradition remonte à 1913. L’échevin libéral Frans Van Kuyck propose alors une journée des mères liée à l’Assomption de Marie, patronne de la ville. La VRT retrace cette histoire.

Ailleurs en Belgique, le calendrier américain s’impose. Le pays garde donc deux traditions. D’un côté, la date internationale de mai. De l’autre, la date anversoise du 15 août. Cette différence montre bien une chose : la fête des mères ne suit pas partout le même récit.

 

 

 

Les années 1920-1930 : l’argent entre en scène

 

C’est aussi à ce moment-là que la fête change de nature. Très vite, les fleuristes, les fabricants de cartes et d’autres commerçants comprennent qu’ils peuvent en tirer profit. Anna Jarvis voit cette évolution avec horreur. Elle lance un boycott contre les fleuristes. Elle perturbe aussi des événements commerciaux. Enfin, elle consacre une grande partie de sa vie à dénoncer cette récupération.

Britannica rappelle ce retournement ironique. La femme qui a lancé la fête passe ensuite des années à vouloir la faire disparaître. National Geographic souligne qu’Anna Jarvis meurt en 1948, presque ruinée. Entre-temps, sa journée est devenue un marché massif. Ainsi, un hommage intime s’est transformé en opération commerciale.

 

 

 

1933-1945 : le régime nazi fait de la maternité un outil politique

 

En Allemagne, la fête change encore de sens sous le régime nazi d’Hitler. Le pouvoir l’intègre à sa politique démographique et raciale. La mère idéale doit être aryenne, féconde, disciplinée et tournée vers la nation. En 1938, Hitler crée la Croix d’honneur de la mère allemande. Cette décoration récompense les femmes selon le nombre d’enfants. Elle repose aussi sur des critères raciaux explicites. L’histoire de cette médaille est bien documentée.

La fête des mères n’est donc pas née nazie. En revanche, le régime nazi l’a transformée en outil idéologique. Il a fait de la maternité un levier de reproduction nationale et raciale. Cette étape compte beaucoup. Elle montre qu’une fête familiale peut servir un projet politique brutal.

 

 

 

1950 : la France fixe sa date

 

Après la guerre, la République garde la fête des mères. Elle lui donne alors un cadre juridique stable. La loi du 24 mai 1950 fixe la célébration au dernier dimanche de mai. Toutefois, si cette date tombe le jour de la Pentecôte, la fête passe au premier dimanche de juin. Le texte est consultable sur Légifrance.

Cette décision explique l’écart avec d’autres pays. En 2026, la fête des mères tombe le 31 mai en France. En Suisse, en Belgique hors Anvers, et en Allemagne, elle tombe le deuxième dimanche de mai, soit le 10 mai 2026. Au Luxembourg, elle arrive le deuxième dimanche de juin, soit le 14 juin 2026.

 

 

 

Pourquoi la date change ?

 

La réponse tient à l’histoire propre de chaque pays. Les États-Unis imposent le deuxième dimanche de mai. Ensuite, plusieurs pays reprennent ce modèle. C’est le cas de l’Allemagne, de la Suisse et de la majeure partie de la Belgique. La France, elle, fixe une date légale différente. Le Luxembourg garde une célébration en juin. Enfin, Anvers conserve sa propre tradition du 15 août.

Il n’existe donc pas une date universelle qui aurait ensuite été déplacée ici ou là. Chaque pays a importé, adapté ou institutionnalisé la fête selon ses choix politiques, religieux ou commerciaux. Voilà pourquoi les calendriers diffèrent encore aujourd’hui.

 

Faut-il encore la célébrer ?

 

La question reste ouverte. D’un côté, on peut continuer à la fêter si l’on y voit un geste libre, personnel et sincère. Dans ce cas, un repas, une visite, un appel ou un message gardent du sens. Beaucoup de familles y tiennent, et ce lien intime ne disparaît pas parce que l’histoire est trouble.

De l’autre, cette fête porte encore un héritage lourd. Elle glorifie souvent une maternité présentée comme naturelle, heureuse et évidente. Par ailleurs, elle peut blesser celles et ceux pour qui la relation à la mère est douloureuse. Elle peut aussi exclure les femmes sans enfants, celles qui n’en veulent pas, ou celles qui ne peuvent pas en avoir. Enfin, elle reste un business très rentable, exactement ce qu’Anna Jarvis voulait empêcher.

La conclusion la plus honnête tient peut-être là. On peut célébrer sa mère. En revanche, on ne devrait pas le faire sans mémoire. La fête des mères a été un hommage filial, puis un outil nataliste, un instrument de propagande et un marché juteux. La fêter aujourd’hui peut avoir du sens. Encore faut-il savoir ce que cette date a porté avant d’arriver jusque dans nos calendriers.

 

Bonus

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Post de @renerchicourt : "LE game changer, toutes les cartes sont rebattues"

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