La “nostalgie de l’usine” : qu’a voulu dire cette journaliste du Figaro ?
"La fréquentation des salles de sport démontre une nostalgie de l’usine"
Saviez-vous que lorsque vous fréquentez une salle de sport, c’est parce que le travail à l’usine vous manque ? Voici la nouvelle théorie d’Anne de Guigné qui a fait grand bruit sur les réseaux sociaux. Très moquée pour ce parallèle quelque peu maladroit, peut-être n’a-t-on pas saisi le fond de sa pensée ? On reprend depuis le début.
Interview à Paris Match
Journaliste au Figaro, Anne de Guigné a répondu à une interview de Paris Match le 12 avril pour promouvoir son essai sur les Français et leur rapport au travail. Cela fait des millénaires que les anciens se plaignent du travail des nouvelles générations, de leur manque de respect pour la hiérarchie et de leur manque d’implication, et si la journaliste admet volontiers que ce n’est pas une critique récente, elle indique cependant qu’elle a “l’impression” d’une fracture plus importante en ce moment. Le ressenti, c’est important aussi.

La valeur travail se perd
Anne de Guigné met en avant que les Français engagés au travail seraient seulement 8 % selon le rapport State of the Global Workplace 2026, par l’institut Gallup, nous reléguant à la 36e place sur les 38 pays européens étudiés, et s’alarme de ce chiffre en indiquant “seule la Croatie fait pire”, en omettant de dire que cette année, la Suisse est également située derrière nous. La moyenne en Europe serait de 12 % et de 20 % dans le monde.
La journaliste déplore cette perte de la valeur travail en citant les parties du rapport qui l’arrangent. Ne sont pas cités, par exemple, les chiffres du bien-être des salariés en Europe, 49%, nettement supérieurs à la moyenne mondiale, 35%. Elle omet également de rappeler que selon l’OCDE, la productivité horaire française figure parmi les plus élevées au monde.

Des propositions de réformes alléchantes
Pour répondre à cette rupture ressentie, Anne de Guigné propose des solutions qui pourraient peut-être vous donner envie de vous impliquer au travail :
• Assouplir les contrats de travail, pour rendre de l’autonomie aux jeunes :
Selon l’essayiste, ces contrats à l’ancienne tendraient “à précariser les jeunes” qui ne veulent plus de “contrats courts” ou de “contrats longs”, “je crois”, indique-t-elle. Or, il est parfaitement documenté que les nouvelles formes de travail plus “souples” participent à la précarisation des jeunes. Ces nouveaux contrats (indépendants) transfèrent le risque économique de l’entreprise vers l’individu qui n’a pas l’assurance de l’emploi, avec une rémunération tirée vers le bas, souvent sans assurance chômage, ni assurance maladie, et avec de faibles cotisations.
1.
Bien sûr le problème c'est toujours l'employé, jamais l'employeur ou l'environnement de travail 🙂
Et on doit faire société avec ces individus mdr. Eh beh. https://t.co/SO7jdSEFb9— 🍪 (@beefTanen_) April 15, 2026
2.
ont besoin d’un cadre stable pour s’épanouir.
— Maratorov Maximilienovitch Velotaffeur🐝 (@ortaram) April 16, 2026
• Augmenter le temps de travail :
“Une partie de la gauche a fait de la baisse du temps de travail l’unique horizon du progrès” indique la journaliste. Au risque de dire une bêtise, les congés payés, les 35h, la retraite à 62 ans… étaient des avancées sociales exceptionnelles qui ont très largement contribué au bien-être des salariés. On tendrait même à aller vers la semaine de 4 jours sans baisse de salaire que plusieurs entreprises ont déjà mise en place et qui permet une amélioration de la santé physique et mentale des salariés, tout en travaillant de façon plus efficace.
3.
J'ai bien gambergé et c'est littéralement impossible d'aimer une vie dans laquelle tu taf 5j par semaine mdrrrrrrr
— Cooked (@ZSONPERZ) March 23, 2026
• Retarder l’âge de départ à la retraite :
“Nous ne sommes pas plus heureux à la retraite qu’en activité !” indique Anne de Guigné en reprenant une étude du CEPREMAP, ce qui n’est qu’une déformation des chiffres. S’il est vrai que la moyenne de bien-être des retraités n’est pas beaucoup plus haute que celle des actifs, il est aussi vrai que prendre en compte des statistiques aussi larges est malhonnête. Lorsqu’on prend la moyenne du bien-être des personnes proches de la retraite et la moyenne de bien-être des jeunes retraités, l’écart est bien plus notable et s’explique notamment par les personnes qui passent du chômage à la retraite. Il n’est donc pas factuel de dire que l’âge du départ à la retraite est neutre en termes de bien-être. En poursuivant l’étude, on s’aperçoit même que le bien-être augmente significativement quand la retraite est prise avant 60 ans.
4.
#ReformeDesRetraites le plus crispant, c'est d'entendre des gens qui ont un job épanouissant, valorisant et bien rémunéré, donner des leçons à des gens qui ont des boulots de merde , usants et aliénants
— bruno masure🇪🇺🇺🇦 (@BrunoMasure) January 30, 2023
• Accepter des baisses de salaires pour les seniors :
“Pourquoi ne pas lever un peu le pied passé un certain âge ?” demande Anne de Guigné concernant les salaires des seniors qui s’accrochent naïvement à leur niveau de vie. “Une baisse de rémunération ne devrait pas être taboue” complète-t-elle.
Voici peu ou prou le contenu de l’interview donnée à Paris Match pour promouvoir son livre. Il s’agit d’une vision libérale et fantasmée du travail des Français, ignorant la pénibilité, les salaires faibles, l’inflation, la dégradation des conditions de travail, et rejetant presque la faute sur les travailleurs qui manifestent contre la réforme des retraites et refusent de dévaluer leurs salaires.
”La nostalgie de l’usine”
On en arrive donc à son passage dans “Le Club Le Figaro Idées” de jeudi 16 avril, émission animée par Eugénie Bastié et titrée “Les Français ont-ils la flemme de travailler ?” où elle prononce une étonnante phrase de son chapeau : “la fréquentation des salles de sport démontre une nostalgie de l’usine” :
5.
«La fréquentation des salles de sport démontre une nostalgie de l’usine chez les Français. Ils y vont tôt le matin, pour y fournir de gros efforts physiques sur des machines. Il existe même une chaine de salles de sport qui s’appelle l’Usine», rapporte @adeguigne dans Le Club Le… pic.twitter.com/Yb9q5Efgrl
— Le Figaro TV (@LeFigaroTV) April 16, 2026
À partir de là, de nombreuses parodies sont apparues sur les réseaux sociaux.
6.
Les régimes démontrent une nostalgie de la famine chez les Français.
— Nausicaa (@pheacienne) April 16, 2026
7.
J'avoue que j'aime aller à la piscine car j'ai une certaine nostalgie de ma vie intra-utérine. https://t.co/oA15ozAAbV
— Steevy Boulette (@lafotaki) April 16, 2026
8.
"Les Français raffolent de l’exercice de la corde à la salle, nostalgiques de l’esclavage et du passé colonial où ils fouettaient des esclaves racisés." https://t.co/0Oh0k6ioIrpic.twitter.com/BBSGVCfKpn
— Vespera (@lotherrrr) April 17, 2026
9.
La fréquentation des bars rooftops traduit une nostalgie des miradors chez les Français.
— Michael Jaunasse (@qulbut0ke) April 16, 2026
10.
C'est vraiment digne de "nos enfants jouent à Minecraft parce qu'ils veulent retourner à la mine"
11.
Le boom des salles d'escalade c'est parce que l'ascenseur social est en panne ?
— Urbancyclix (@urbancyclix.eurosky.social)2026-04-16T16:00:15.890Z
12.
« La fréquentation des parcs démontre une nostalgie du travail manuel dans les champs sous un soleil de plomb au service d’un seigneur catholique de droit divin, que Sa Majesté transmet en héritage à sa progéniture masculine. Il existe même un parc qui s’appelle le parc des princes »
13.
Le fait que des bourgeois disent de la merde comme ça en public démontre une certaine nostalgie de la guillotine. Ils nous provoquent pour qu'on en raccourcisse un ou deux. Ça les fait se sentir vivant. https://t.co/Q8cuVm66aj
— Kev adams hate account (2e edition) (@diplodocteur) April 17, 2026
Workout et Work
On retrouve de plus amples explications dans une chronique écrite pour le Figaro le dimanche 12 avril et intitulée “Anne de Guigné : « Le marathon, dernier lieu de l’engagement ? »”. Anne de Guigné évoque d’entrée “les salles de musculation [qui] jouent sur la nostalgie de l’usine”, un rapprochement imaginé à partir des mots workout (sport) et work (travail). Sans doute est-ce du génie incompris.
14.
La bourgeoisie c'est vraiment la mort intellectuelle. Des conversations de PMU mais enrobées de suffisamment d'artifices pour passer à la télé comme si c'était pertinent
— Insolente Veggie 🧠🐦⬛ (@RosaBDB12) April 18, 2026
Qu’a-t-elle voulu dire ?
Tout part de la statistique abordée plus haut, ces seulement 8% de Français qui se considèrent comme investis dans leur travail. Anne de Guigné tente de démontrer que l’intérêt que les gens avaient pour leur travail s’est reporté sur le sport. Elle explique à quel point les Français·es aiment l’effort du sport et se fatiguent à la salle de sport, là où avant iels se fatiguaient au travail.
La journaliste ne comprend pas pourquoi les Français sont prêts à faire autant d’efforts pour un sport et non pour leur patron. Mais qu’est-ce qui cloche chez les Français ?
“Pourquoi une partie des salariés français, en quête pourtant de défis décapants, si on se fie à la popularité de ces courses extrêmes, a-t-elle ainsi renoncé à chercher l’aventure au sein du cadre professionnel ?”
Anne de Guigné, 12 avril 2026, Le Figaro
15.
But de la salle de sport : entrenir son physique.
But de l'usine : entretenir son patron.
— Mr Zgru (@DaZgru) April 16, 2026
16.
Qu'est ce que tu racontes l'ahurie on veut juste des pecs et des abdos pr faire les mecs à la plage l'été
— Nozo (@NozoSousFlash) April 16, 2026
17.
Quand j'enchaîne mes séries de développé-couché, je suis en fait nostalgique du travail à la chaîne…
Plus sérieusement, l'engouement pour le travail musculaire c'est le plaisir du travail qui paye, dont tu récupères les fruits.
L'inverse du travail en usine, donc. https://t.co/LI7NGvv3Dk— Nicolas Framont (@NicolasFramont) April 16, 2026
18.
La salle de sport tu y vas pour prendre soin de ton corps, de ta santé.
L'usine tu t'y rends et tu y laisses ta santé 💀
Mais continuez à nous prendre pour des cons. https://t.co/IFAsvbjSf4— Roza🔻Carbonara φ (@RozaCarbonara) April 16, 2026
Un manque de recul
En tentant d’expliquer “le remplacement du travail par l’exercice physique”, Anne de Guigné ne regarde son sujet que par le petit bout de la lorgnette. La démonstration est bancale, les comparaisons inappropriées et surtout, elle passe à côté de l’essentiel : les Français ont toujours été prêts à s’investir dans leurs loisirs, qu’ils soient sportifs, artistiques, littéraires, audiovisuels, vidéoludiques… Au point d’y dépenser leur argent et leur temps.

19.
Il est tout à fait possible que ce soit la pire analyse jamais pondue par qui que ce soit, les bourgeois vous avez le cerveau ravagé, tout le monde vous déteste
— Boulette Polpetto (@trineor) April 16, 2026
20.
Quand on pense que les MÊMES gens passent leurs journées à critiquer les études d'histoire ou de sociologie alors qu'ils arrivent à souligner des corrélations aussi nazes en termes de sens et de méthode.
— Docteur Bagarre (@docteurbagarre.bsky.social)2026-04-16T15:33:56.641Z
Hors sujet de compétition
En partant d’un constat fictif tiré de son point de vue personnel et sans prendre les phénomènes dans leur ensemble, elle ne parvient pas à expliquer pourquoi les gens délaissent le travail, alors qu’ils sont prêts à faire plein d’efforts dans le sport. C’est quand même dommage toute cette force de travail qui se perd.
21.
C’est chaud d’être aussi con là par contre. L’essor des salles de sport peut s’analyser sous plein d’angles : culte du corps et de la performance, effet réseaux sociaux, hygiénisme ambiant. Mais alors cet angle là au secours
— Пазолини (@foucal2) April 16, 2026
22.
Le truc ce serait donc de fermer toutes les salles de sport et de les transformer en usine pour que toute l'énergie que ces gueux gaspillent servent à faire fonctionner le sacrosaint marché ? 🤡🤡🤡🤡🤡
— Anti-JupiterBIS🏴 (@Anti_JupiterBIS) April 16, 2026
23.
Le travail a longtemps été une façon de se situer dans le monde, pas seulement économiquement, mais socialement, humainement. Quand on réduit cette question à un salaire, on perd quelque chose d’essentiel : l’idée que ce qu’on fait peut compter au-delà de ce que ça rapporte.
— Claire Martel (@ClaireMartel47) April 10, 2026
24.
Suite du tweet : “… et simplement le plaisir de l’activité physique. Et je crois bien que « je vais à la salle parce que j’aimerais aller à l’usine », ça n’en fait pas partie.”
Alors il y a plein de travaux intéressants sur la sociologie du sport et la relation avec l’esthétisation à l’heure des réseaux sociaux, le culte de la performance et du dépassement, l’appropriation de pratiques « populaires » comme outil de distinction (exemple de la boxe), et… https://t.co/Kverna95eD
— Olivier Schmitt (@Olivier1Schmitt) April 16, 2026
Mais pourquoi “la nostalgie de l’usine” ?
Pour finir, revenons donc à “la nostalgie de l’usine” qui n’a finalement aucun rapport avec toute cette démonstration hasardeuse. Il s’agissait simplement de faire un trait d’esprit peu malin et totalement inapproprié parce qu’une salle de sport de luxe s’appelle “L’Usine Sport Club”, et donc sport = travail à l’usine. Et si Anne de Guigné avait tout simplement la nostalgie des cours de maths ?
25.
Mdr il ya une nostalgie du bureau en témoigne la chaîne de bars pubs au bureau pic.twitter.com/HnlyEPE8Dn
— adraye (@realadraye) April 16, 2026
26.
Je suis issu d’une famille ouvrière. La sœur de ma mère a passé sa vie debout à la FIAT à Turin, pour monter des pièces à la chaîne. Elle est fracassée. Si elle avait su, elle aurait candidaté pour les JO. Dire autant de conneries en si peu de mots, ce n’est pas donné à tous. https://t.co/N8ULtgwcds
— Didier Maïsto (@DidierMaisto) April 17, 2026
27.
« Allez les gars ! On pense à son summer body ! » pic.twitter.com/WAIGoAPloN
— Olivier Varlan (@VarlanOlivier) April 17, 2026
Bonus
François Hollande se prépare pour 2027 et cela vous fait réagir

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