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La “nostalgie de l’usine” : qu’a voulu dire cette journaliste du Figaro ?

Par Ptolomus 20/04/2026

"La fréquentation des salles de sport démontre une nostalgie de l’usine"

Saviez-vous que lorsque vous fréquentez une salle de sport, c’est parce que le travail à l’usine vous manque ? Voici la nouvelle théorie d’Anne de Guigné qui a fait grand bruit sur les réseaux sociaux. Très moquée pour ce parallèle quelque peu maladroit, peut-être n’a-t-on pas saisi le fond de sa pensée ? On reprend depuis le début.

Interview à Paris Match

Journaliste au Figaro, Anne de Guigné a répondu à une interview de Paris Match le 12 avril pour promouvoir son essai sur les Français et leur rapport au travail. Cela fait des millénaires que les anciens se plaignent du travail des nouvelles générations, de leur manque de respect pour la hiérarchie et de leur manque d’implication, et si la journaliste admet volontiers que ce n’est pas une critique récente, elle indique cependant qu’elle a “l’impression” d’une fracture plus importante en ce moment. Le ressenti, c’est important aussi.

1 point intuition pour avoir pensé que votre intuition était supérieur à une batterie d'études
 

La valeur travail se perd

Anne de Guigné met en avant que les Français engagés au travail seraient seulement 8 % selon le rapport State of the Global Workplace 2026, par l’institut Gallup, nous reléguant à la 36e place sur les 38 pays européens étudiés, et s’alarme de ce chiffre en indiquant “seule la Croatie fait pire”, en omettant de dire que cette année, la Suisse est également située derrière nous. La moyenne en Europe serait de 12 % et de 20 % dans le monde.
 
La journaliste déplore cette perte de la valeur travail en citant les parties du rapport qui l’arrangent. Ne sont pas cités, par exemple, les chiffres du bien-être des salariés en Europe, 49%, nettement supérieurs à la moyenne mondiale, 35%. Elle omet également de rappeler que selon l’OCDE, la productivité horaire française figure parmi les plus élevées au monde.

1 point cueillette Pour avoir trié un ensemble de données de façon à ne garder que les plus arrangeantes
 

Des propositions de réformes alléchantes

Pour répondre à cette rupture ressentie, Anne de Guigné propose des solutions qui pourraient peut-être vous donner envie de vous impliquer au travail :

• Assouplir les contrats de travail, pour rendre de l’autonomie aux jeunes :
Selon l’essayiste, ces contrats à l’ancienne tendraient “à précariser les jeunes” qui ne veulent plus de “contrats courts” ou de “contrats longs”, “je crois”, indique-t-elle. Or, il est parfaitement documenté que les nouvelles formes de travail plus “souples” participent à la précarisation des jeunes. Ces nouveaux contrats (indépendants) transfèrent le risque économique de l’entreprise vers l’individu qui n’a pas l’assurance de l’emploi, avec une rémunération tirée vers le bas, souvent sans assurance chômage, ni assurance maladie, et avec de faibles cotisations.
 
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• Augmenter le temps de travail :
Une partie de la gauche a fait de la baisse du temps de travail l’unique horizon du progrès” indique la journaliste. Au risque de dire une bêtise, les congés payés, les 35h, la retraite à 62 ans… étaient des avancées sociales exceptionnelles qui ont très largement contribué au bien-être des salariés. On tendrait même à aller vers la semaine de 4 jours sans baisse de salaire que plusieurs entreprises ont déjà mise en place et qui permet une amélioration de la santé physique et mentale des salariés, tout en travaillant de façon plus efficace.
 
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• Retarder l’âge de départ à la retraite :
Nous ne sommes pas plus heureux à la retraite qu’en activité !” indique Anne de Guigné en reprenant une étude du CEPREMAP, ce qui n’est qu’une déformation des chiffres. S’il est vrai que la moyenne de bien-être des retraités n’est pas beaucoup plus haute que celle des actifs, il est aussi vrai que prendre en compte des statistiques aussi larges est malhonnête. Lorsqu’on prend la moyenne du bien-être des personnes proches de la retraite et la moyenne de bien-être des jeunes retraités, l’écart est bien plus notable et s’explique notamment par les personnes qui passent du chômage à la retraite. Il n’est donc pas factuel de dire que l’âge du départ à la retraite est neutre en termes de bien-être. En poursuivant l’étude, on s’aperçoit même que le bien-être augmente significativement quand la retraite est prise avant 60 ans.
 
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• Accepter des baisses de salaires pour les seniors :
Pourquoi ne pas lever un peu le pied passé un certain âge ?” demande Anne de Guigné concernant les salaires des seniors qui s’accrochent naïvement à leur niveau de vie. “Une baisse de rémunération ne devrait pas être taboue” complète-t-elle.

Voici peu ou prou le contenu de l’interview donnée à Paris Match pour promouvoir son livre. Il s’agit d’une vision libérale et fantasmée du travail des Français, ignorant la pénibilité, les salaires faibles, l’inflation, la dégradation des conditions de travail, et rejetant presque la faute sur les travailleurs qui manifestent contre la réforme des retraites et refusent de dévaluer leurs salaires.
 

”La nostalgie de l’usine”

On en arrive donc à son passage dans “Le Club Le Figaro Idées” de jeudi 16 avril, émission animée par Eugénie Bastié et titrée “Les Français ont-ils la flemme de travailler ?” où elle prononce une étonnante phrase de son chapeau : “la fréquentation des salles de sport démontre une nostalgie de l’usine” :
 
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À partir de là, de nombreuses parodies sont apparues sur les réseaux sociaux.
 
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C'est vraiment digne de "nos enfants jouent à Minecraft parce qu'ils veulent retourner à la mine"

(@dargason.bsky.social)2026-04-16T16:13:30.717Z

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Le boom des salles d'escalade c'est parce que l'ascenseur social est en panne ?

Urbancyclix (@urbancyclix.eurosky.social)2026-04-16T16:00:15.890Z

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« La fréquentation des parcs démontre une nostalgie du travail manuel dans les champs sous un soleil de plomb au service d’un seigneur catholique de droit divin, que Sa Majesté transmet en héritage à sa progéniture masculine. Il existe même un parc qui s’appelle le parc des princes »

Julien (@julien-vey.bsky.social)2026-04-17T13:16:22.421Z

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Workout et Work

On retrouve de plus amples explications dans une chronique écrite pour le Figaro le dimanche 12 avril et intitulée “Anne de Guigné : « Le marathon, dernier lieu de l’engagement ? »”. Anne de Guigné évoque d’entrée “les salles de musculation [qui] jouent sur la nostalgie de l’usine”, un rapprochement imaginé à partir des mots workout (sport) et work (travail). Sans doute est-ce du génie incompris.
 
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Qu’a-t-elle voulu dire ?

Tout part de la statistique abordée plus haut, ces seulement 8% de Français qui se considèrent comme investis dans leur travail. Anne de Guigné tente de démontrer que l’intérêt que les gens avaient pour leur travail s’est reporté sur le sport. Elle explique à quel point les Français·es aiment l’effort du sport et se fatiguent à la salle de sport, là où avant iels se fatiguaient au travail.
La journaliste ne comprend pas pourquoi les Français sont prêts à faire autant d’efforts pour un sport et non pour leur patron. Mais qu’est-ce qui cloche chez les Français ?
 

“Pourquoi une partie des salariés français, en quête pourtant de défis décapants, si on se fie à la popularité de ces courses extrêmes, a-t-elle ainsi renoncé à chercher l’aventure au sein du cadre professionnel ?”

Anne de Guigné, 12 avril 2026, Le Figaro
 

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Un manque de recul

En tentant d’expliquer “le remplacement du travail par l’exercice physique”, Anne de Guigné ne regarde son sujet que par le petit bout de la lorgnette. La démonstration est bancale, les comparaisons inappropriées et surtout, elle passe à côté de l’essentiel : les Français ont toujours été prêts à s’investir dans leurs loisirs, qu’ils soient sportifs, artistiques, littéraires, audiovisuels, vidéoludiques… Au point d’y dépenser leur argent et leur temps.
 
1 point cigogne pour avoir déniché une cause là où n'y avait qu'une corrélation
 
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Quand on pense que les MÊMES gens passent leurs journées à critiquer les études d'histoire ou de sociologie alors qu'ils arrivent à souligner des corrélations aussi nazes en termes de sens et de méthode.

Docteur Bagarre (@docteurbagarre.bsky.social)2026-04-16T15:33:56.641Z

 

Hors sujet de compétition

En partant d’un constat fictif tiré de son point de vue personnel et sans prendre les phénomènes dans leur ensemble, elle ne parvient pas à expliquer pourquoi les gens délaissent le travail, alors qu’ils sont prêts à faire plein d’efforts dans le sport. C’est quand même dommage toute cette force de travail qui se perd.
 
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Suite du tweet : “… et simplement le plaisir de l’activité physique. Et je crois bien que « je vais à la salle parce que j’aimerais aller à l’usine », ça n’en fait pas partie.”
 

 

Mais pourquoi “la nostalgie de l’usine” ?

Pour finir, revenons donc à “la nostalgie de l’usine” qui n’a finalement aucun rapport avec toute cette démonstration hasardeuse. Il s’agissait simplement de faire un trait d’esprit peu malin et totalement inapproprié parce qu’une salle de sport de luxe s’appelle “L’Usine Sport Club”, et donc sport = travail à l’usine. Et si Anne de Guigné avait tout simplement la nostalgie des cours de maths ?
 
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Bonus

François Hollande se prépare pour 2027 et cela vous fait réagir
Capture d’écran d’un tweet de Mehdi (e/λ) (@BetterCallMedhi) réagissant à un post de François Hollande. L'ancien président affirme se préparer pour faire de 2027 « un rendez-vous majeur ». L'auteur du tweet ironise sur cette annonce en la comparant au Titanic qui annoncerait une deuxième traversée.

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