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Quand “la peur” devient un argument : Karine Le Marchand et le racisme raconté sur CNEWS

Par Parlons Large 10/02/2026

La scène semble ordinaire. Une animatrice raconte un souvenir personnel. Pourtant, les mots employés restent lourds. Sur CNEWS, Karine Le Marchand prononce une phrase qui cristallise un imaginaire bien connu. Elle évoque la peur. Elle montre surtout comment cette peur se construit et circule.

Une phrase prononcée à l’antenne

 

Sur le plateau, Karine Le Marchand décrit l’arrivée d’un train. Puis, elle lâche cette phrase sans précaution : « J’ai vu le RER arriver. J’ai vu tous ces noirs et ces arabes qui sortaient. J’ai pas pu m’empêcher d’avoir un peu peur ! ». Aucun incident précis n’est mentionné. Aucun comportement inquiétant n’est décrit. La crainte repose uniquement sur des silhouettes. Dès lors, la parole quitte le cadre intime. À la télévision, elle devient un énoncé public.

 

Racisme médiatique et construction de la peur

 

Cette peur ne surgit pas dans le vide. Elle s’inscrit dans un récit ancien, souvent répété. Depuis longtemps, certains corps sont associés à l’insécurité. De ce fait, certains lieux deviennent anxiogènes par automatisme. Le RER cristallise cette représentation. Ainsi, le racisme médiatique agit sans violence directe. Il ne parle pas d’actes, mais de présences. Il transforme une impression en évidence partagée.

 

Un contresens qui en dit long

 

Le propos interroge aussi par celle qui le tient. Karine Le Marchand est une femme noire. Pour autant, cette réalité n’annule pas le discours. Au contraire, elle en souligne la profondeur. Le racisme médiatique traverse toutes les positions sociales. Parfois, il est repris par celles et ceux qu’il cible. Se placer du côté de la peur permet alors de rejoindre la norme dominante. Ce mécanisme d’intériorisation reste central.

 

Changer de nom, ajuster sa place

 

Le choix d’un nom de scène n’est jamais anodin. Dans l’audiovisuel français, certains ajustements facilitent l’acceptation. Progressivement, l’identité se lisse. La différence devient plus discrète. Cette trajectoire dépasse le cas individuel. Elle éclaire un système. La phrase prononcée sur CNEWS s’inscrit dans ce parcours. Elle trace une frontière symbolique entre un “nous” rassurant et un “eux” inquiétant.

 

CNEWS, un cadre qui amplifie

 

Le contexte médiatique joue un rôle déterminant. Sur CNEWS, l’émotion prime souvent sur l’analyse. Les récits personnels remplacent le débat structuré. La peur devient alors un argument. L’expérience individuelle sert de preuve. Dans ce cadre précis, la phrase n’est pas interrogée. Au contraire, elle est accueillie. Le racisme médiatique trouve ainsi un espace propice à sa diffusion.

 

Quand la peur devient un fait social

 

Avoir peur relève de l’intime. En revanche, l’énoncer publiquement produit un effet collectif. La télévision diffuse ce sentiment. Peu à peu, elle le normalise. Le racisme médiatique fonctionne de cette manière. Il transforme des réflexes appris en discours acceptables. Il banalise des assignations anciennes. Par ce biais, la hiérarchie sociale devient presque invisible.

 

Comprendre plutôt que laisser passer

 

Cette séquence ne relève pas d’un simple dérapage isolé. Elle révèle un climat plus large. Le racisme médiatique ne passe pas toujours par l’invective. Souvent, il s’exprime par la peur dite calmement. Ces phrases, répétées et diffusées, finissent par peser. Les analyser reste essentiel. Non pour juger une personne, mais pour interroger un système.

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