Quand “la peur” devient un argument : Karine Le Marchand et le racisme raconté sur CNEWS
La scène semble ordinaire. Une animatrice raconte un souvenir personnel. Pourtant, les mots employés restent lourds. Sur CNEWS, Karine Le Marchand prononce une phrase qui cristallise un imaginaire bien connu. Elle évoque la peur. Elle montre surtout comment cette peur se construit et circule.
Une phrase prononcée à l’antenne
Sur le plateau, Karine Le Marchand décrit l’arrivée d’un train. Puis, elle lâche cette phrase sans précaution : « J’ai vu le RER arriver. J’ai vu tous ces noirs et ces arabes qui sortaient. J’ai pas pu m’empêcher d’avoir un peu peur ! ». Aucun incident précis n’est mentionné. Aucun comportement inquiétant n’est décrit. La crainte repose uniquement sur des silhouettes. Dès lors, la parole quitte le cadre intime. À la télévision, elle devient un énoncé public.
📺🔴 – « J’ai vu le RER arriver. J’ai vu tous ces noirs et ces arabes qui sortaient. J’ai pas pu m’empêcher d’avoir un peu peur ! »
Les propos tenus par Karine Le Marchand sur CNEWS sont inadmissibles. Ils appellent à des explications ou à une sanction.pic.twitter.com/1KULb0rvDn
— Alertes Racisme (@AlertesRacisme) February 9, 2026
Résumé du passage de Karine Mfayokurera dite Karine Le Marchand sur CNEWS : https://t.co/R5uz7LwHixpic.twitter.com/nMwIhVozcD
— Skankhunt42 (@_piegeamorue42) February 9, 2026
Racisme médiatique et construction de la peur
Cette peur ne surgit pas dans le vide. Elle s’inscrit dans un récit ancien, souvent répété. Depuis longtemps, certains corps sont associés à l’insécurité. De ce fait, certains lieux deviennent anxiogènes par automatisme. Le RER cristallise cette représentation. Ainsi, le racisme médiatique agit sans violence directe. Il ne parle pas d’actes, mais de présences. Il transforme une impression en évidence partagée.
Karine Le Marchand à chaque fois qu'elle se voit dans le miroir : https://t.co/rEoDGjVOHrpic.twitter.com/jzSpd1ORP6
— Joker 🇩🇿🇵🇸 (@Thejokerof95) February 9, 2026
Un contresens qui en dit long
Le propos interroge aussi par celle qui le tient. Karine Le Marchand est une femme noire. Pour autant, cette réalité n’annule pas le discours. Au contraire, elle en souligne la profondeur. Le racisme médiatique traverse toutes les positions sociales. Parfois, il est repris par celles et ceux qu’il cible. Se placer du côté de la peur permet alors de rejoindre la norme dominante. Ce mécanisme d’intériorisation reste central.
Le problème des noirs comme Karine le Marchand ( Mfayokurera de son vrai nom ) est qu’ils n’ont pas compris qu’il ne seront jamais des BLANCS 🤦🏾♂️🤦🏾♂️🤦🏾♂️🤦🏾♂️🤦🏾♂️ ça me désole des comportements pareils
— ★Angio972★🇲🇶 (@Angio972) February 9, 2026
qui pour dire à Karine le marchand qu’elle est noire svp
— 🔻 (@zientifaaa) February 9, 2026
Changer de nom, ajuster sa place
Le choix d’un nom de scène n’est jamais anodin. Dans l’audiovisuel français, certains ajustements facilitent l’acceptation. Progressivement, l’identité se lisse. La différence devient plus discrète. Cette trajectoire dépasse le cas individuel. Elle éclaire un système. La phrase prononcée sur CNEWS s’inscrit dans ce parcours. Elle trace une frontière symbolique entre un “nous” rassurant et un “eux” inquiétant.
Karine Le Marchand quand elle se voit dans la glace https://t.co/aYvmMBh3mdpic.twitter.com/oE9LtWxzCp
— Tax Driver (@TDriver90) February 9, 2026
(Cercles) Comment on mute le visage de Karine Le Marchand ? Celui de Lewis Hamilton et de sa nouvelle go ? Y’a aucun métis lightskin qui va me ruiner ma journée, je veux rester sur Drake qui a perdu de l’argent
— Célia (Alouicerlia RIP) (@OuiCerCelia) February 9, 2026
CNEWS, un cadre qui amplifie
Le contexte médiatique joue un rôle déterminant. Sur CNEWS, l’émotion prime souvent sur l’analyse. Les récits personnels remplacent le débat structuré. La peur devient alors un argument. L’expérience individuelle sert de preuve. Dans ce cadre précis, la phrase n’est pas interrogée. Au contraire, elle est accueillie. Le racisme médiatique trouve ainsi un espace propice à sa diffusion.
🚨Karine Le Marchand DÉMASQUÉE 🔥 sur CNews
❌Elle lâche SANS FILTRE sa peur RACISTE face aux « tous ces Noirs et ces Arabes » qui sortent du RER 😱
❌Des mots qui BLESSENT, qui STIGMATISENT et qui LÉGITIMENT la xénophobie ambiante en #France 🇫🇷😡 #KarineLeMarchand… pic.twitter.com/cZ1KUdSOkO— vero 🔻🇵🇸 (@veroveronique1) February 9, 2026
Quand la peur devient un fait social
Avoir peur relève de l’intime. En revanche, l’énoncer publiquement produit un effet collectif. La télévision diffuse ce sentiment. Peu à peu, elle le normalise. Le racisme médiatique fonctionne de cette manière. Il transforme des réflexes appris en discours acceptables. Il banalise des assignations anciennes. Par ce biais, la hiérarchie sociale devient presque invisible.
Comprendre plutôt que laisser passer
Cette séquence ne relève pas d’un simple dérapage isolé. Elle révèle un climat plus large. Le racisme médiatique ne passe pas toujours par l’invective. Souvent, il s’exprime par la peur dite calmement. Ces phrases, répétées et diffusées, finissent par peser. Les analyser reste essentiel. Non pour juger une personne, mais pour interroger un système.

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