Je suis rentrée ce soir là, avec une heure de retard, en ayant mangé en 15 minutes, avec 3 décès et 3 fois plus d'entrées, lessivée. Et les journées qui ont suivi ont été similaires. Accueillir, intuber, accompagner, et ne pas se laisser envahir la peur.
— salegosse (@claralohomora) September 6, 2020
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Je vois beaucoup de monde, un peu partout, a la télé ou à la radio, oublier ce que la covid a engendré pendant ce qu'on a appelé la vague. Alors j'aimerais parler de ce qu'on a pu voir en service. Quand la vague est arrivée, je bossais comme IDE en réanimation.
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Ne pas raconter aux proches pour ne pas accentuer un climat déjà bien trop anxiogène. J'ai vécu beaucoup de situations difficiles au cours de ma courte carrière, mais ces quelques semaines, cette peur dans les yeux des patients, la détresse des familles au téléphone,
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On sait déjà que la covid engendre des symptômes à long terme pour des personnes ayant eu une forme mineure à modérée. Ici, je ne parlerai que mon expérience, de ce que j'ai pu voir pour les patients atteints de forme grave. Ca sera aussi pour moi une forme d'exutoire.
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Dans l'impossibilité de venir rendre visite a leur proche, je ne l'oublierai jamais. Plusieurs de mes collègues ont eu des proches, des parents, hospitalisés dans d'autres réanimations de l'hôpital. Mais il a fallu tenir.
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J'ai bossé les 3 jours où 'la vague' est arrivée. Quand on a pris nos postes le matin, nos collègues nous ont dit 'c'est pour ce matin'. On a eu du mal a les croire, parce que c'était calme depuis 2 semaines, les lits étaient vides, et on tournait au ralenti. On était le 16 mars.
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J'ai vu plus de décès en 2 semaines qu'en une année d'exercice. Des personnes qu'il a fallu mettre dans des housses, sans toilette mortuaire, sans famille pour accompagner. Des personnes dont les proches n'auront jamais eu la possibilité de visites et d'accompagnement.
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On a tranquillement fait nos tours. Tout avait été anticipé. On était en sur effectif, 9 infirmiers au lieu de 7, 15 lits de réanimation supplémentaires, des soins continus aménagés pour accueillir des patients de réa. On se sentait prêts.
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Aujourd'hui, on demande aux gens de respecter la distanciation physique, et de porter des masques. Alors oui, c'est chiant, ça tient chaud, mais en comparaison de tout ce qui s'est passé, de toutes ces choses qu'on a pu voir, c'est peu.
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Et puis, à 10h, un premier patient est arrivé. La cinquantaine, en détresse respiratoire aiguë. Puis un deuxième. Puis un troisième, en l'espace d'une heure. Et ca ne s'est plus arrêté. Les patients arrivaient, la plupart avec déjà des symptômes de détresse respiratoire.
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