Parmi les commentaires des Russes ces dernières années, il y a souvent cet agacement: pourquoi leur pouvoir se soucie-t-il autant de l'Ukraine et si peu de son propre pays où les problèmes sont pourtant nombreux? Poutine en a donné une description saisissante ce soir… 19/22
— Anna Colin Lebedev (@colinlebedev) February 21, 2022
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Aucune des deux ne fait avancer le schmilblick. Je propose pour ma part de regarder deux choses pour essayer de comprendre comment les Russes peuvent réagir à la quasi annonce de guerre de ce soir: la priorité au premier cercle et le contrat social avec le pouvoir. 4/22
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… dans un discours où il est allé dans les micro-détails des problèmes politiques intérieurs ukrainiens, comme s'il était le président de ce pays-là. Comme si les Russes du Donbass étaient plus ses citoyens que les Russes de Samara. 20/22
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a) La priorité au premier cercle. Comme j'ai eu l'occasion de le dire par ailleurs, la population de ce pays est passée par un grand nombre d'épisodes traumatiques. Pour nous, dans les pays occidentaux, le pire est un horizon hypothétique; l'effondrement n'est jamais total. 5/22
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Ce ne sont donc pas les manifestations contre la guerre qu'il faudra guetter. Celles-ci seront réservées aux mêmes cercles que d'habitude. C'est des bruits plus sourds, des grincements des dents, des sabotages, une dégradation de la loyauté. Et des échappements massifs. 21/22
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Pour les Russes (mais aussi les Ukrainiens), le pire peut arriver, car le pire est déjà arrivé plusieurs fois. Tout perdre; se retrouver à la merci d'une institution totale; voir son enfant sacrifié par le pouvoir. C'est déjà arrivé, ça peut arriver à chacun 6/22
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La guerre ouverte va avoir un impact social profond qui va peser. Pas sûr que ce soit suffisant.
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Un jour comme aujourd'hui, ce n'est pas à la population russe que je pense en premier. C'est bien aux Ukrainiens.
Mais comprendre tous les engrenages, c'est mon job. End 🧶22/22
On est à la racine de ces clichés stupides – que je barre à gros stylo rouge dans les copies d'étudiants – d'âme russe / de fatalisme russe. L'annonce d'une guerre sidère les Russes. Mais la réaction à ce choc, c'est chercher avant tout à protéger ses proches. 7/22
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Ce que j'entends par priorité du premier cercle, c'est ça: face à la catastrophe qui est toujours dans l'horizon des possibles, les stratégies de survie et de protection des proches seront privilégiées sur les enjeux collectifs. 8/22
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Par ailleurs, le pouvoir en place a stérilisé l'action collective en augmentant considérablement le coût individuel de la protestation. Les procès délirants de ces dernières années sont là pour le rappeler et indiquer les frontières (mouvantes) du punissable. 9/22
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