Ça fait bizarre de se retrouver dans le « Cercle des poètes disparus » en plein Donbass. Ô captain, my captain.
— Nicolas Delesalle (@KoliaDelesalle) February 24, 2022
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Robin Williams est ici lieutenant, spécialiste en traumatologie, et il nous a dit okay, allez écrire des poèmes avec mes hommes. Nous y sommes. Un Humvee médical floqué d’une croix rouge garde l’entrée.
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Une dizaine d’infirmiers, de médecins, vivent dans cette maison sans eau, chauffage ou électricité. On va pouvoir raconter leur histoire. Passer du temps avec eux. Donner des visages à la guerre, rappeler qu'il y a des destins derrière les analyses géopolitiques.
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Parmi eux, Oleksander, la trentaine, petite barbe taillée, ventre généreux, regard doux. Il nous accueille avec gentillesse, on grille une clope ensemble dehors, il ne parle pas anglais, je ne parle pas russe ni ukrainien, mais on communique très bien.
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Il fait froid et humide, la combinaison parfaite pour communier sous les étoiles autour d’une cigarette. Oleksander est inquiet parce que tout est calme. Pas de blessé aujourd’hui, pas de blessé la veille.
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Voilà quatre jours, des obus de mortiers tombés juste à côté, tuant un homme, en blessant un autre. Depuis, plus rien. Et ce silence ne dit rien de bon à Oleksander. A personne à vrai dire. Maks nous rejoint. Il connaît bien ce poste. Il est photographe avant d'être chauffeur.
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On longe avec lui les bâtiments désaffectés, puis il s’arrête net. On ne peut pas aller plus loin sans risquer gros. La ligne séparatiste est juste là, à deux terrains de foot. Il sait exactement où parce qu'ils ont tiré avec des balles traçantes hier.
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Une brume s’élève juste au-dessus de ce dégradé de gris, entres les bâtiments déserts aux fenêtres crevées et les arbres nus, et ça donne au tableau un air de fin du monde. Assez raccord avec l'ambiance.
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Ça commence jamais comme on l'imagine. Hier, en fin de journée, on traverse les paysages mornes du Donbass, les cheminées des usines d’Adviivka crachent une fumée acre, l’air pue le plastique brûlé, les bagnoles sont rares, les villages ont les pieds dans la boue. C’est lunaire.
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On rentre se coucher dans le capharnaüm qui fait office de chambre. On plaque les gilets contre les fenêtres. On ne dort pas avant longtemps. On écoute tous les bruits dehors. Départ de mortier ? Arrivée ?
— Nicolas Delesalle (@KoliaDelesalle) February 24, 2022