Voilà quatre jours, des obus de mortiers tombés juste à côté, tuant un homme, en blessant un autre. Depuis, plus rien. Et ce silence ne dit rien de bon à Oleksander. A personne à vrai dire. Maks nous rejoint. Il connaît bien ce poste. Il est photographe avant d'être chauffeur.
— Nicolas Delesalle (@KoliaDelesalle) February 24, 2022
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On longe avec lui les bâtiments désaffectés, puis il s’arrête net. On ne peut pas aller plus loin sans risquer gros. La ligne séparatiste est juste là, à deux terrains de foot. Il sait exactement où parce qu'ils ont tiré avec des balles traçantes hier.
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Une brume s’élève juste au-dessus de ce dégradé de gris, entres les bâtiments déserts aux fenêtres crevées et les arbres nus, et ça donne au tableau un air de fin du monde. Assez raccord avec l'ambiance.
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Ça commence jamais comme on l'imagine. Hier, en fin de journée, on traverse les paysages mornes du Donbass, les cheminées des usines d’Adviivka crachent une fumée acre, l’air pue le plastique brûlé, les bagnoles sont rares, les villages ont les pieds dans la boue. C’est lunaire.
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On rentre se coucher dans le capharnaüm qui fait office de chambre. On plaque les gilets contre les fenêtres. On ne dort pas avant longtemps. On écoute tous les bruits dehors. Départ de mortier ? Arrivée ?
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On arrive de Kiev qu’on a quittée le matin même après beaucoup d’hésitations et de savants calculs : Poutine va prendre le Donbass, quand même pas tout le pays. Bien vu. On arrive donc en banlieue de Donestk avec l’idée d’être là où il faut être. L'assaut va être donné ici.
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Vers 7 heures, on se réveille, on boit un café normalement imbuvable et puis la nouvelle tombe. Kiev a été frappée. Oleksander est sonné un instant. Il répète juste trois fois "Poutine" en secouant la tête.
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La nuit tombe, on roule à fond, la ligne de front se situe à quelques km, à portée de tir sur certains tronçons à découvert. La veille, des obus sont tombés sur ce ruban d’asphalte déjà défoncé par l’hiver. Les artilleurs russes réglaient peut-être la mire, il n’y avait personne.
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Maks lui aussi est frappé de stupeur. Il doit rentrer retrouver ses enfants à Kiev. Mais pendant quelques secondes, il n’y croit pas, il refuse d'y croire. Comme nous, comme vous, comme le monde entier à cet instant-là.
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Soudain, Maks, le chauffeur, éteint les phares. Noir total. Il roule en glissant sa tête hors de la fenêtre et bifurque dans un chemin forestier. Maks est maigre, il a un visage ciselé à la hachette et ses mèches blondes lui donnent une tête de surfeur épuisé.
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