Sélections spéciales

Ça existe encore les gens qui regardent en VF ?

Par Ptolomus 24/02/2026

Les pro-VF et pro-VO s'écharpent alors que le sujet du doublage revient dans l'actualité à cause de l'IA. Mais en vrai, c'est quoi le mieux ?

La VF est-elle vraiment nulle par rapport à la VO ? De sa création pour faciliter l’accessibilité aux films étranger, à son développement en France à cause de la censure et de la volonté de préserver la langue française, à son utilisation très majoritaire aujourd’hui, la VF subit constamment les foudres des pro-VO.

De toute manière, la VF c’est pour les nullos qui ne savent pas lire et la VO c’est pour les bobos parisiens. Et si c’était un peu plus compliqué que ça ? On vous explique.
 

Pourquoi les Français aiment tant la VF ?

 
Le doublage débarque dès l’arrivée du cinéma parlant dans les années 30 pour que les films s’exportent mieux. C’étaient alors les producteurs qui s’attelaient à rendre leurs œuvres compréhensibles à l’étranger.
Pendant l’Occupation, le régime de Vichy renforce le contrôle sur les films étrangers, notamment via le doublage (qui va connaître un grand bond), qui permet plus facilement d’adapter ou de censurer les contenus.
Après 1945, doubler les films avait un usage patriotique : il agissait comme protection culturelle face à la domination hollywoodienne, garder un peu de culture française dans cette arrivée massive de films américains.

La France a donc une forte tradition de doublage et la VF est encore la version la plus consommée dans le pays. En 2025, 74 % des Français préféraient voir leurs films et séries doublés plutôt qu’en VO sous-titrée. On note cependant des écarts notables en fonction de l’âge et du lieu de vie.
 

L’authenticité créative

 
La VO est souvent défendue par les cinéphiles chevronnés en raison de la fidélité artistique. On garde l’intention originale du jeu d’acteur, la voix, l’accent… les blagues et références restent, de plus, on n’est pas gênés par la synchronisation labiale.
Cependant, à moins de maîtriser la langue d’origine, le problème de traduction et de compréhension restera le même dans les sous-titres lors des passages difficilement traduisibles.
 

 

Do you speak english?

 
Un autre grand avantage de la VO est l’ouverture linguistique qu’elle apporte au spectateur. En plus d’améliorer son ouverture au monde, elle facilite l’apprentissage et la compréhension de la langue. Par exemple, les pays qui consomment beaucoup en VOST, tels que les Pays-Bas ou les pays scandinaves, ont souvent un meilleur niveau d’anglais. La France, très tournée vers la VF, est connue pour avoir un niveau plus faible en anglais parmi les pays européens, à l’instar des autres pays adeptes du doublage (Allemagne, Italie, Espagne).
 

 

Les pro-VO, parfaits exemples de classisme ?

 
Cracher sur la VF ne serait-ce pas, par hasard, du mépris de classe ? Ce débat entre les élites qui regardent en VO pour capturer l’essence la plus pure de l’œuvre et les ploucs simplets qui regardent une VF dégradée ne date pas d’hier.
Dans l’agglomération parisienne, les Français sont 44% à préférer la VO où ils sont seulement 18% en commune rurale. L’accès à la VO au cinéma est plus compliqué hors Paris, lire des sous-titres est pénible quand on n’en a pas l’habitude, suivre un film dans une langue étrangère peut freiner l’immersion et le divertissement. La VO est donc perçue comme réservée à une élite sociale urbaine, habituée aux langues étrangères et aux sous-titres.
 

 

Le doublage c’est aussi de l’art

 
On entend régulièrement que la VF détruit l’œuvre initiale. Si ce constat est vrai, il faut également garder à l’esprit que la VF est également une création artistique en soi. Tout comme un remix, une cover ou un livre traduit, le doublage est une autre proposition artistique. La VF est performée par des comédiens et comédiennes professionnels spécialisés et c’est d’ailleurs grâce à eux que la France est souvent considérée comme un pays avec de très bons doublages. Il ne s’agit pas de “trahir” l’œuvre originale mais bien de la restituer le plus fidèlement possible tout en la rendant accessible au plus grand nombre. Certaines VF sont d’ailleurs aujourd’hui cultes et on comprend pourquoi, on vous avait déjà prouvé ici que le français était la langue la plus sexy du monde.
 

 

Une version accessible et inclusive

La VF a également l’énorme avantage d’être inclusive et d’améliorer le confort de visionnage de nombreuses personnes : les enfants, les personnes âgées, les personnes malvoyantes, etc. La VF est également le premier choix de personnes adultes valides. Plusieurs recherches en neurosciences montrent que le cerveau traite généralement plus facilement la langue maternelle, avec moins de fatigue cognitive et une meilleure réactivité émotionnelle. Regarder un film doublé n’est donc pas seulement une habitude culturelle : c’est aussi un confort neurologique qui permet d’être mieux immergé émotionnellement.
 

 

Les dessins animés, c’est VF obligatoire

Ou presque. Pour les dessins animés et mangas, où la synchronisation labiale n’existe plus et l’intention du jeu d’acteur non plus, la version doublée en français
 

 

Bye bye le doublage, bonjour l’IA ?

L’IA remplace peu peu de nombreux métiers et si pour certaines tâches cela s’avère bénéfique, pour d’autres utilisations, elle représente une menace bien réelle. C’est notamment le cas pour les métiers artistiques où l’IA, incapable de créer par elle-même, s’inspire librement et pille de façon illégale les créations des autres, leur image ou même leur voix. Encore très récemment, c’est Blizzard, qui a supprimé les doublages du jeu World of Warcarft, le dernier patch se retrouvant presque entièrement muet car ils n’ont pas réussi à faire signer aux doubleurs des clauses pour pouvoir cloner leurs voix grâce à l’IA. Une décision très contestable qui a provoqué la colère des joueurs et des doubleurs français.
 

 

 

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