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Bally Bagayoko : comment la France exclut les Noirs de la vie politique

Par Ptolomus 30/03/2026

Racisme : le retour de bâton politique et médiatique d’une avancée sociétale

Pas un jour de répit pour le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, élu dès le premier tour des municipales le 15 mars dernier. Accusations fallacieuses, insultes racistes publiques, fake news relayées par certains médias… tous les coups sont permis contre ce maire noir de La France insoumise.

La désinformation

Dès le soir de son élection, Bally Bagayoko se retrouve en visio sur LCI. Le journaliste lui dit que Saint-Denis est la “ville des rois” et le nouveau maire répète “ville des rois”, il est entouré de soutiens et d’habitants venus fêter son élection. Sur les réseaux sociaux, l’extrait est largement relayé par l’extrême droite qui s’indigne du fait qu’il aurait dit “ville des Noirs”.
Le lendemain, Apolline de Malherbe relayait sans aucune vérification la fake news d’extrême droite dans “Apolline matin” sur RMC.
 

 
La journaliste est ensuite revenue sur ses propos, disant qu’elle avait mal entendu. Pas une once d’excuse pour avoir manqué à son devoir de vérification ou pour avoir participé au déchaînement raciste envers un élu de la République.
 

 

Les accusations racistes

Le jour suivant, le 17 mars, Bally Bagayoko est invité sur BFMTV, média appartenant à l’empire médiatique de Rodolphe Saadé. Il est interpellé par Tugdual Denis, directeur adjoint du journal d’extrême droite Valeurs Actuelles, qui l’accuse ouvertement d’avoir été élu avec l’aide des narcotrafiquants, sous-entendant qu’un maire noir de gauche est forcément en lien avec des groupes dangereux et illégaux.
 

 

Le retour de la théorie du grand remplacement

On zappe sur CNews le 18 mars et on découvre d’autres horreurs proférées par Erik Tegnér, journaliste et militant d’extrême droite. Il nous délivre un monologue d’opinion réactionnaire expliquant que la “nouvelle France” dont parle Bagayoko est une France remplie d’immigrés africains et arabes, sans que personne ne moufte sur le plateau. Dans le même extrait, on entend ensuite Yoann Usaï, ex-journaliste sportif recyclé en journaliste politique par CNews, se plaindre en substance du racisme anti-Blancs :
– “Ça me met hors de moi de voir ça, parce que moi je suis châtain aux yeux verts, je ne suis pas racisé.”
– “Ah vous êtes foutu !” entend-on commenter Gauthier Le Bret, le présentateur et garant des propos tenus dans son émission.
– “Est-ce que la France est encore mon pays ?” continue Yoann Usaï dans une position victimaire.
– “Selon le maire de Saint-Denis, vous n’avez pas de place [là-bas] puisqu’il a dit (…) en gros, qu’il ne voulait pas trop de Blancs,” enchaîne Le Bret, prêtant des propos diffamatoires à Bally Bagayoko.
 

 

Attaques sur sa politique

Bally Bagayoko annonce le début d’un processus de désarmement de la police municipale et c’est reparti pour un tour. Pourtant, la police française est une des seules en Europe à utiliser des LBD malgré l’absence de consensus concernant l’efficacité des armes contre la délinquance. En revanche, ce surarmement survenu à cause de la loi de février 2017 (Bernard Cazeneuve, Premier ministre sous Hollande), a démultiplié les blessures et morts provoquées par la police selon une étude menée par Sébastien Roché, directeur de recherche au CNRS.
 

 

Un rappel à l’ordre

Cela ne s’arrête pas là puisque Bally Bagayoko a reçu un rappel à l’ordre du gouvernement en fin de semaine dernière. Une alerte qui donne l’impression que le maire refuserait de respecter les lois de la République alors qu’il s’évertuait justement à les rappeler. Ils savent parfaitement ce qu’ils font en répondant impulsivement à des fake news relayées massivement par l’extrême droite. Ce gouvernement n’est pas un barrage à l’extrême droit mais l’autoroute qui y mène.
 

 

Comparé à un singe

Bally Bagayoko a également été comparé à un singe en direct sur CNews par Jean Doridot et comparé à un chef de tribu primitive par Michel Onfray, même chaîne, ce vendredi soir.
 

 

Un traitement spécifique

Tous les maires n’ont pas droit à ce traitement de faveur manifestement. Il suffit que l’extrême droite pousse un sujet à l’ordre du jour pour que les chaînes d’info en continu embrayent sans trop poser de question. Tout cela grâce à la convergence médiatique des droites.
 

 

Une volonté de réduire au silence et discréditer les voix dissonantes

Voilà comment on arrive à exclure, silencier et stigmatiser toutes les voix non-blanches, issues de quartiers populaires ou de l’immigration. Ce que la France, ses représentants et une partie de ses médias leur disent, c’est qu’ils ne sont pas à leur place dans la vie politique ou publique, ils n’ont pas voix au chapitre hors de leurs quartiers. C’est très symptomatique d’une France malade de son racisme. Dans Le Monde, Solène Brun, chargée de recherche au CNRS y voit le signe d’une « ancestrale négrophobie » présente dans le pays.
 

 

Les élus noirs ouvrent la voie

Donnons-leur de la force.
 

 

Bonus

Rony Cély, homme noir en pleine crise de schizophrénie tué par des policiers. Mais d’autres solutions étaient possibles. Le racisme tue.

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