Quand Charlie Hebdo recycle (encore) le racisme colonial
Une caricature publiée par Charlie Hebdo cible Rokhaya Diallo sous couvert de satire. Pourtant, l’image réactive un racisme colonial persistant. Ainsi, l’imaginaire graphique écrase la parole politique d’une femme noire. Dès lors, l’affaire dépasse l’humour et impose un débat de dignité.
Une couverture qui met en scène le racisme colonial
Au centre, Charlie Hebdo place Rokhaya Diallo sur une scène. Le dessin la montre en danseuse “exotique”, souriante de force. Cette pose sexualise le corps et le réduit à un spectacle. Par ailleurs, la foule en bas acclame et pointe du doigt. Ainsi, l’image fabrique une humiliation collective. La satire ne vise pas une idée, mais une personne. Or, cette personne incarne une parole antiraciste. Le racisme colonial fonctionne comme une punition visuelle. Et la caricature impose une hiérarchie raciale et politique. Voilà pourquoi l’image choque, même avant le texte.
Dans le droit fil de l’imagerie coloniale, Charlie Hebdo incapable de confronter les idées d’une femme noire sans la réduire à un corps dansant, exotisé, supposément sauvage.
Ce dessin hideux vise à me rappeler ma place dans la hiérarchie raciale et sexiste.(via @catboychevik) pic.twitter.com/EGXYyoVSWK
— Rokhaya Diallo (@RokhayaDiallo) December 24, 2025
Question très simple à propos de la caricature raciste de Charlie Hebdo :
Si Rokhaya Diallo avait été blanche, est-ce que Charlie Hebdo aurait fait le même dessin ? La réponse est, évidemment, non. Ce dessin est par conséquent, évidemment, raciste. C'est aussi simple que ça. pic.twitter.com/cn2lPzdQEa
— Camille Stineau (@CamilleStineau) December 25, 2025
Le dessin de #Riss#CharlieHebdo recycle un racisme colonial: il réduit Rokhaya Diallo au cliché de la «Noire» sauvage, dansant avec des bananes. L’image ravale l’humain à l’animalité. Repugnant dessin demontrant la dérive raciste de @Charlie_Hebdo_
Soutien à vous, @RokhayaDiallopic.twitter.com/zQhuY6CMi1— Stéphane Hlaimi (@politicalecon2) December 24, 2025
Le visage “enlaidi” : une grammaire du racisme colonial
Plutôt que caricaturer une position, le dessin déforme un visage noir. Ainsi, la bouche devient disproportionnée, les dents envahissent le cadre, et le sourire paraît forcé. De plus, les traits s’éloignent d’une caricature politique classique. En effet, ils rappellent des codes anciens d’animalisation. L’image produit une violence spécifique : la misogynoir. Autrement dit, elle attaque une femme noire par la laideur imposée. Ensuite, l’accessoire “exotique” complète l’assignation. Donc, le racisme colonial ne se cache pas : il structure l’esthétique. Ce qu’on est censé comprendre avec ce genre de message, c’est qu’il y a un ordre social.
Zéro humilité! Selon Charlie Hebdo, j’ai manipulé l’opinion en sortant le dessin de son «contexte» (un texte sur laïcité où il n’est question ni de J. Baker, ni de danse ni de bananes).
Vous pouvez associer ce dessin à n’importe quel texte il suintera toujours le racisme. https://t.co/Q0H8V2atL3— Rokhaya Diallo (@RokhayaDiallo) December 24, 2025
Soutien total à Rokhaya Diallo. Cette « caricature » de Charlie Hebdo est une honte enrobée de racisme.
Ceux derrière cette immondice n’auront pas le courage de l’assumer.
Les femmes noires font, une fois encore, l’objet d’attaques sans limite lorsqu’elles osent s’engager. https://t.co/qcMTNwvpb9
— Alertes Racisme (@AlertesRacisme) December 24, 2025
Charlie Hebdo via RISS, aidé par les Printanistes, publie un dessin raciste de Rokhaya Diallo, qui s'insurge, à juste titre. Au lieu de s'excuser, ils enfoncent le clou, se voient comme les vrais défenseurs de la cause raciste, face à celle qui y a dédié sa vie.
Soutien Rokhaya. pic.twitter.com/8WBHCzoUD9— P@P!$$0N wokiste bien pensante✊🏼🇨🇵 🇵🇸 (@Paapissson) December 24, 2025
Le texte “laïcité” : disqualification, puis inversion accusatoire
La phrase d’accroche ne discute pas les arguments de Rokhaya Diallo.
Elle affirme, d’emblée, qu’elle “ridiculise”, donc qu’elle mérite l’humiliation publique. Ensuite, la formule “à travers le monde” fabrique une menace globale, donc anxiogène. De même, l’obsession de “l’Amérique” réduit une pensée française à une importation suspecte. En bref, le journal choisit la disqualification, plutôt que la contradiction honnête. Ce cadrage sert le racisme colonial, car il délégitime une voix noire en la rendant “étrangère”.
Joséphine Baker : 1925, exotisation, puis récupération coloniale
En 1925, La Revue nègre fait de Joséphine Baker une attraction, dans un Paris colonial. Le spectacle vend l’exotisation et la fétichisation, puis les transforme en “divertissement”. Pourtant, Baker navigue un système raciste, et retourne parfois ses codes pour survivre. Cependant, la “ceinture” associée à ce rôle porte une histoire violente, pas un simple accessoire. En la plaquant sur Rokhaya Diallo, Charlie Hebdo confond subversion, contrainte, et caricature raciste. Ainsi, la comparaison frappe doublement : elle sexualise, et elle renvoie à une hiérarchie coloniale. L’argument consistant à brandir la Joséphine Baker « résistante » ne tient pas non plus : pourquoi ne pas avoir représenté Rokhaya Diallo en tenue de résistante, comme celle que Baker a aussi portée ?
« J’ai chanté de temps à autres, mais surtout je faisais de la Résistance. »
Résistante et héroïne pour l’Histoire, Joséphine Baker n’est, aux yeux de Charlie Hebdo, qu’une caricature racialisée…
Donc pas étonnant qu'ils attaquent Rokhaya Diallo. pic.twitter.com/X5iYF7TGbx— Kunta van den Kinté (@denkinte_2) December 25, 2025
Zéro humilité! Selon Charlie Hebdo, j’ai manipulé l’opinion en sortant le dessin de son «contexte» (un texte sur laïcité où il n’est question ni de J. Baker, ni de danse ni de bananes).
Vous pouvez associer ce dessin à n’importe quel texte il suintera toujours le racisme. https://t.co/Q0H8V2atL3— Rokhaya Diallo (@RokhayaDiallo) December 24, 2025
Soutien total à @RokhayaDiallo face à ce dessin raciste de Charlie Hebdo qui se justifie en accusant Rokhaya de « communautarisme » et de voir du racisme où il n’y en aurait pas.
En réalité ces gens fourvoient le message de J.Baker et harcèlent des anti-racistes, c’est tout. https://t.co/Gx32bYdRr4
— Saphia Aït Ouarabi (@Saphia_Ait) December 24, 2025
Représenter Rokhaya Diallo en Josephine Baker avec une jupe de bananes en 2025 reproduit un stéréotype colonial et raciste que Baker subissait à l’époque, et c’est profondément abject, même sous prétexte d’hommage ou de satire !
— Selma.Lynn 🍀 (@selma_lyn) December 24, 2025
Taubira : le continuum du racisme colonial et de la zoologisation
En 2013, dans le média hebdomadaire d’extrême droite Minute, Christiane Taubira a été visé par une imagerie de singe, signée “Charb”. Cette scène illustre la zoologisation, car elle nie l’humanité, puis la transforme en caricature politique. Aujourd’hui, la cible change, mais la matrice reste, et elle produit le même message social. De surcroît, Taubira a écrit à Rokhaya Diallo. Ce soutien rappelle une évidence : ces attaques s’empilent, et elles fabriquent une norme raciste. Refuser ce racisme colonial, c’est refuser la répétition de l’humiliation.
https://t.co/1CPRq65A4Qpic.twitter.com/3MONmetJc1
— Christiane Taubira (@ChTaubira) December 25, 2025
@Charlie_Hebdo n'est pas à son coup d'essai. Ses caricatures de Christiane Taubira (2013) et de Danièle Obono (2019) ne laissent aucun doute sur la vocation de leurs œuvres. Je propose que les réparations pour injures racistes dépassent systématiquement le million. pic.twitter.com/EMfyaTI6Dg
— Hervé Mahicka (@MahickaHerve) December 26, 2025
Le rédacteur en chef de Charlie Hebdo s'en prend à Guillaume Meurice : "L’esprit Charlie a bon dos. Il est plus subtil et plus difficile à maîtriser qu’il n’y paraît".
Se moquer des meurtres, viols et religions, c'est "subtil" seulement quand c'est des noirs et des arabes ⬇️ pic.twitter.com/1aVuJQWcRb
— Contre Attaque (@ContreAttaque_) November 7, 2023
Il y a eu Christiane Taubira comparée à un singe dans Minute en 2013 puis Danièle Obono dépeinte en esclave dans Valeurs actuelles en 2020. Et là, @RokhayaDiallo visée par une caricature raciste dans Charlie hebdo en 2025. Bref, ça évolue. Comme un cancer.https://t.co/WMzAqwoYbI
— Sylvain GRANDSERRE (@GrandserreSylv1) December 26, 2025
Rokhaya Diallo a raison de se plaindre. Arrêtez de faire croire que le journal raciste, misogyne, fétichiste etc Charlie Hebdo voulait rendre honneur Josèphe Baker et qu’il y’a aucune trace de racisme dans cette caricature ignoble. pic.twitter.com/1kx7kTQ2R4
— 𝔸𝕖𝕣𝕜𝕒𝕠𝕤🌺 (@aerkaos3) December 26, 2025
La liberté d’expression n’exige pas l’impunité d’humilier. En conséquence, la vraie question devient : qui paie le “choc” ? Rokhaya Diallo porte un débat public, tandis que le journal répond par l’exotisation et la disqualification. Donc il faut soutenir la cible, critiquer l’image, et réclamer une responsabilité éditoriale. Christiane Taubira avait porté plainte et avait gagné son procès : Jean-Marie Molitor, directeur de publication du journal Minute, avait été condamné à 10 000 euros d’amende. Le racisme colonial ne doit plus passer pour une blague.
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