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Quand Charlie Hebdo recycle (encore) le racisme colonial

Par Parlons Large 30/12/2025

Une caricature publiée par Charlie Hebdo cible Rokhaya Diallo sous couvert de satire. Pourtant, l’image réactive un racisme colonial persistant. Ainsi, l’imaginaire graphique écrase la parole politique d’une femme noire. Dès lors, l’affaire dépasse l’humour et impose un débat de dignité.

Une couverture qui met en scène le racisme colonial

 

Au centre, Charlie Hebdo place Rokhaya Diallo sur une scène. Le dessin la montre en danseuse “exotique”, souriante de force. Cette pose sexualise le corps et le réduit à un spectacle. Par ailleurs, la foule en bas acclame et pointe du doigt. Ainsi, l’image fabrique une humiliation collective. La satire ne vise pas une idée, mais une personne. Or, cette personne incarne une parole antiraciste. Le racisme colonial fonctionne comme une punition visuelle. Et la caricature impose une hiérarchie raciale et politique. Voilà pourquoi l’image choque, même avant le texte.

 

 

 

 

Le visage “enlaidi” : une grammaire du racisme colonial

 

Plutôt que caricaturer une position, le dessin déforme un visage noir. Ainsi, la bouche devient disproportionnée, les dents envahissent le cadre, et le sourire paraît forcé. De plus, les traits s’éloignent d’une caricature politique classique. En effet, ils rappellent des codes anciens d’animalisation. L’image produit une violence spécifique : la misogynoir. Autrement dit, elle attaque une femme noire par la laideur imposée. Ensuite, l’accessoire “exotique” complète l’assignation. Donc, le racisme colonial ne se cache pas : il structure l’esthétique. Ce qu’on est censé comprendre avec ce genre de message, c’est qu’il y a un ordre social.

 

 

 

 

Le texte “laïcité” : disqualification, puis inversion accusatoire

 

La phrase d’accroche ne discute pas les arguments de Rokhaya Diallo.
Elle affirme, d’emblée, qu’elle “ridiculise”, donc qu’elle mérite l’humiliation publique. Ensuite, la formule “à travers le monde” fabrique une menace globale, donc anxiogène. De même, l’obsession de “l’Amérique” réduit une pensée française à une importation suspecte. En bref, le journal choisit la disqualification, plutôt que la contradiction honnête. Ce cadrage sert le racisme colonial, car il délégitime une voix noire en la rendant “étrangère”.

 

Joséphine Baker : 1925, exotisation, puis récupération coloniale

 

En 1925, La Revue nègre fait de Joséphine Baker une attraction, dans un Paris colonial. Le spectacle vend l’exotisation et la fétichisation, puis les transforme en “divertissement”. Pourtant, Baker navigue un système raciste, et retourne parfois ses codes pour survivre. Cependant, la “ceinture” associée à ce rôle porte une histoire violente, pas un simple accessoire. En la plaquant sur Rokhaya Diallo, Charlie Hebdo confond subversion, contrainte, et caricature raciste. Ainsi, la comparaison frappe doublement : elle sexualise, et elle renvoie à une hiérarchie coloniale. L’argument consistant à brandir la Joséphine Baker « résistante » ne tient pas non plus : pourquoi ne pas avoir représenté Rokhaya Diallo en tenue de résistante, comme celle que Baker a aussi portée ?

 

 

 

 

 

Taubira : le continuum du racisme colonial et de la zoologisation

 

En 2013, dans le média hebdomadaire d’extrême droite Minute, Christiane Taubira a été visé par une imagerie de singe, signée “Charb”. Cette scène illustre la zoologisation, car elle nie l’humanité, puis la transforme en caricature politique. Aujourd’hui, la cible change, mais la matrice reste, et elle produit le même message social. De surcroît, Taubira a écrit à Rokhaya Diallo. Ce soutien rappelle une évidence : ces attaques s’empilent, et elles fabriquent une norme raciste. Refuser ce racisme colonial, c’est refuser la répétition de l’humiliation.

 

 

 

 

 

 

La liberté d’expression n’exige pas l’impunité d’humilier. En conséquence, la vraie question devient : qui paie le “choc” ? Rokhaya Diallo porte un débat public, tandis que le journal répond par l’exotisation et la disqualification. Donc il faut soutenir la cible, critiquer l’image, et réclamer une responsabilité éditoriale. Christiane Taubira avait porté plainte et avait gagné son procès : Jean-Marie Molitor, directeur de publication du journal Minute, avait été condamné à 10 000 euros d’amende. Le racisme colonial ne doit plus passer pour une blague.

 
À lire aussi : Brigitte Bardot, mort d’une icône du cinéma mais aussi mort d’une raciste

Tweet de @BiologyAwesome : " Brigitte Bardot était sûrement bien, avant ma naissance. Tout ce que j'ai connu d'elle de mon vivant était une demi-douzaine de procès pour incitation à la haine raciale, et des attaques contre les femmes dénonçant les agressions sexuelles qu'elles ont subies. »"

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