Thread : à l’époque où la ceinture de sécurité n’était pas obligatoire
Cela paraît impensable aujourd’hui mais il fût un temps où la ceinture de sécurité n’était pas obligatoire. “Dangereuse”, “gênante”, “entravant la liberté”, au moment où le gouvernement prend des mesures en ce sens, la population n’est guère enthousiaste. De nos jours, cette décision est considérée comme une avancée majeure dans l’histoire de la sécurité routière. La conduite n’a jamais été plus la même et on se met même à regretter que la ceinture n’ait pas été obligatoire plus tôt.
Un thread de @PrishtinaSO
La ceinture de sécurité est obligatoire à l'avant comme à l'arrière depuis Octobre 1990 (1973 à l'avant). Si elle avait équipé les voitures en 1988, un enfant de 7 ans ne serait pas passé à travers un pare-brise ce dimanche là. La 205 était conduite par son papi. Un monsieur pas
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encore vieux qui en imposait. Le genre patriarche qui était estimé et respecté. Ce jour là, il ramenait son petit-fils chez ses parents après l'avoir gardé quelques jours. C'était les vacances scolaires. La mamie avait préparé une marmite de soupe pour sa fille. La marmite était
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posée sur le plancher à l'avant de la voiture. Le petit garçon babillait gaiement sur le court trajet qui le conduisait chez lui. Trajet que le papi avait fait des centaines de fois. Au coin de la boulangerie, un stop. Au même moment la marmite de soupe qui se renverse. Le papi
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se penche pour la relever. Il ne voit pas le stop. Une voiture arrivait sur le côté. Collision. L'occupant de la voiture n'a rien. Le papi est indemne. Le petit garçon est inconscient. Il a traversé le pare-brise tête la 1ère. Il y du sang partout. Du verre brisé. La sidération
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fait place à l'effroi. Vite les secours. Vite de l'aide. Tout ça pour une marmite. Vite prévenir sa mère. Vite arriver à l'hôpital. Tout ça pour une soupe. Vite qu'il ne meure pas. Putain de marmite. Putain de soupe. Putain de moi. J'ai tué mon petit-fils se dit le papi. Pourquoi
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pas moi? Mais le petit-fils n'est pas mort. On prévient son père en déplacement en Asie. Vite rentrer. Tiens bon mon fils. Vite l'avion. Vite la route jusqu'en province. Toutes les heures n'ont pas la même saveur et le parfum de l'impuissance face au temps incompressible dans ces
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moments là est absolument ignoble. Le petit garçon passera plus de 3 mois dans le coma. Il perdra l'usage d'une de ses jambes. On lui ouvrira le crâne d'une oreille à l'autre pour lui retirer une partie de cerveau prise dans un œdème. On stabilisera trop tardivement la croissance
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de sa jambe indemne et un écart de 12 cm se creusera entre les 2. Une ceinture arrière non attachée et ce sont de multiples opérations en cas d'accident. Des années dans les couloirs des hôpitaux. Des luttes constantes entre le désespoir et l'envie d'y croire. De la rééducation à
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foison. Un combat pour la vie. Un combat pour aller à l'école. Des séquelles lourdes. Des crises d'épilepsie. Un œil de perdu. Une main qui ne fonctionne plus. Des médecins, des orthophonistes, des kinés. Des vacances en cure. Un papi qui ne s'est jamais pardonné d'avoir brisé la
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vie de son petit-fils adoré. Le poids de la culpabilité immense et écrasant. Des parents qui n'ont jamais été en colère. Juste malheureux qu'une putain de soupe engendre ce tournant cruel. Une mamie qui combien de fois s'est demandé pourquoi elle avait préparé cette soupe. Le
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petit garçon a passé des années en fauteuil roulant puis en béquilles, chaque progression était une victoire. Sa scolarité a suivi son cours bon gré, mal gré. École, collège, lycée. Il a fallu composer avec des bâtiments non équipés. La maman venait porter le fauteuil quand il
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fallait changer de bâtiment.les camarades aidaient entre chaque cours. Le prix à payer pour avoir presque la même vie que tous les jeunes. Et enfin le Graal, le Bac décroché et l'entrée à la fac. Quelle fierté après tous ses combats! Mais un matin, le petit garçon devenu grand ne
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s'est pas réveillé. Son papa était au travail et sa maman l'a trouvé mort dans son lit. Il a fait une sorte de "mort subite du nourrisson". Probablement une séquelle de son cerveau amputé 14 ans auparavant. Il avait 21 ans. Le papi était décédé depuis quelques années et tout
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l'amour dont ne s'était jamais départi le petit garçon à son égard n'avait jamais refermé la plaie de sa culpabilité. Les parents n'en n'ont jamais voulu au papi qui payait chaque seconde par sa détresse le mal qu'il avait causé. Quand on est capable de cette miséricorde là, je
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crois que rien ne peut vous élever humainement davantage.
Alors attachez vos gosses, parce que ni vous ni moi n'êtes sûrs de pouvoir vivre avec cette culpabilité là et si la mort ne veut pas de vous, vous vivrez l'enfer sur terre.— Prishtina (@PrishtinaSO) February 6, 2022
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